Exposition « TRAMA », Buenos Aires, avril 2026
Une trame est le fil passé entre ceux de la chaîne, dont l’entrecroisement forme une trace sur un tissus, une toile. C’est aussi une intrigue, quelque chose qui n’est pas complètement compris ou su et qui est parfois mystérieux.
Le travail plastique de Salomé de Fontainieu, à la fois attachée à l’artisanat et au design, est le témoin d’une recherche technique parfois obsessionnelle qui, lorsqu’elle est acquise et accomplie, devient vaine. L’artiste invente des outils et des supports pour créer des moments de surprise et de hasard. Elle y transcrit la trace de son environnement, comme le reflet d’une intimité qu’elle entretient avec la technique et l’objet, que se soit avec les branches de la forêt de Bibemus, le coco de la chambre de son fils, ou les couleurs de la vue depuis son atelier au dernier étage de sa maison. C’est comme un acharnement, une urgence créative qui pousse l’artiste à déplacer le banal vers un sujet à regarder.
Les toiles Bibemus ont été réalisées lors d’une résidence dans une forêt éponyme près d’Aix-en-Provence où l’environnement de création s’est imposé dans le processus artistique de Salomé de Fontainieu. Les branches des arbres de Bibemus sont les outils de créations. Elle les appréhende jusque’à en faire des pinceaux. Leurs traces sur la toile deviennent les sujets desoeuvres, entre formes abstraites et organiques. Les teintes huileuses, lumineuses, vertes ou orangées, relevées d’éclats jaune néon, corail ou bleu électrique, sont des indices des paysages provençaux qui entourent l’artiste.
Pour la série Tapisserie, Salomé de Fontainieu se dégage de planéité de la toile. Elle construit des oeuvres en patchwork d’éléments tissés, récupérés, dont elle tire les fils, les peints, les tisse à nouveau. Ce travail long et minutieux s’apparente à des techniques artisanales de tissage, réinventées et réappropriées. La tapisserie, communément considérée comme objet de design, est alors déplacée dans un travail plastique artistique. Elle devient peinture. Le sujet, qui né généralement de la trame, et ici imposé à l’oeuvre. En faisant et défaisant sans cesse le médium, elle crée des jeux de superposition et de transparence et met en valeur les moments de ruptures, de réparations et de raccords qui rendent visible son processus artistique
Dans chacune de ces oeuvres, Salomé de Fontainieu cristallise sa vision de la création artistique, entre recherche technique et expression d’une intimité. D’abord dans Bibemus puis dans Tapisserie, elle reproduit, à force de répétition et de perfectionnement du geste créatif, des mouvements, des textures et des couleurs extraits de son environnement. Elle confond médiums et narrations pour proposer des formes qui lui sont familières, de la même façon que la trame et la chaîne s’unissent pour former un motif.
Clara Gillmann
