CE QUI EST SANS ÊTRE TOUT À FAIT

 Exposition de Salomé de FONTAINIEU 

« Le talent, c’est la politesse à l’égard de la matière, il consiste à donner un chant à ce qui est muet. » Jean Genet, Journal du voleur, 1949. 

Nées d’une inspiration sans contrainte, les œuvres de Salomé de FONTAINIEU s’inscrivent dans le monde plastique comme les incidences fragiles, éphémères et aléatoires dont la perception intime de chacun décidera de leurs sorts respectifs. 

L’élan, résultant des multiples montages et démontages que l’instinct a rendu nécessaires devient tremblement. Issues d’un subtil bricolage de choses insaisissables en voie d’évanouissement, d’anéantissement, pis encore de non-fonctionnement potentiels et/ou au faîte de leurs propres apogées respectives, ces œuvres atteindront-elles leur point culminant ou resteront-elles inanimées ? Elles ont accepté le risque de l’inabouti et de ses intraduisibles dangers. 

C’est ainsi qu’il se sera donc passé quelque chose qui ne s’est pas passé dans le mouvement qui n’est pas tout à fait, pas complètement et peut -être même pas du tout existant mais qui réside dans la proposition que nous fait l’artiste. 

Inspirées des fondamentaux de la sculpture et des processus créatifs du design, et mêlées, décollées, reconstruites et sublimées, ces propositions ne s’imposent jamais et pourtant elles participent bien à l’élaboration d’un édifice autant visible qu’invisible, autant matériel qu’idéelle. c’est ainsi et c’est pourquoi l’opération mentale incitatrice suscite le mouvement d’après et fait advenir ce qui parfois n’est qu’élégances paralysée, choses inertes définitivement cassées ; toutes ces ineffables beautés muettes empêchées d’exister. 

Un si magique est ainsi instauré, c‘est le si du regardant qui crée la fonctionnalité de l’œuvre et sa présence au monde : est-ce un arc ? C’est un arc. Mais pas tout à fait. C’est surtout le jeu des possibles radicalement opposé de la vision totalitaire qu’imposerait l’artiste trop sûr de lui et n’ayant pas su instiller le doute. . 

Mais parfois c’est l’impossible qui gagne dans ce petit théâtre de la cruauté où chaque pièce contient son antimatière capable de contredire les apparences et d’en inventer de nouvelles, de façon quasiment performative. Non, le ciel n’est pas bleu comme une orange ( Paul Eluard, 1929) mais rose comme la méditerranée toute entière l’est, et l’esquisse est plus belle et plus puissante dans ce qu’elle a d’inachevé que la forme qu’elle serait devenue si elle avait été aboutie.

Les mouvements immobiles sont articulés non dans une mécanique mais dans une idée, même si on se trouve ici dans un univers instinctif et non conceptuel. Salomé fait montre de cette humilité comme d’une espèce de courtoisie, mieux encore une éthique à l’endroit de la matière. Elle laisse exister ou/et ne pas exister ces formes totemisées qui touchent au sacré et dont les mouvements immobiles sont actionnés que la perception décidera de saisir ou de vouer à néant. C’est la production de pure subjectivité du regardant qui décidera du destin de chacune de ces pièces. Poétique du regardant qui pulvérise le trop de réalité de cette kinésie de formes suggestives en devenir.

Brigitte Brami, romancière, essayiste et poète.