La dernière série d’œuvres sur papier de Salomé de Fontainieu ne peuvent être pleinement appréciées sans avoir connaissance du contexte dans lequel elles furent créées. En effet, à l’été 2020, l’artiste s’est isolée dans un atelier situé en pleine nature, à Bibemus, au pied de la montagne Sainte Victoire. Dans ce lieu, célébré par Cézanne, elle s’est livrée pleinement à la peinture, sous le soleil ardent, quand tout devient chaleur, étourdissement et ivresse.

Ses premiers croquis de paysage, d’un réalisme descriptif un peu figé, ne la convainquent pas. Moins que de représenter, Salomé de Fontainieu comprend qu’elle doit restituer la nature telle qu’elle la perçoit, telle qu’elle la ressent de tout son corps. Pour marquer une distance avec le motif et laisser son instinct s’exprimer, elle abandonne ses habituels outils de création et saisit ce qu’elle trouve à portée de main, les petites branches sèches qui jonchent le sol. Elle met en place alors un nouveau protocole, consistant à tremper ce pinceau de fortune dans des pots de peinture, puis à l’appliquer sur la feuille de papier. Cela nécessite une maîtrise de l’imprévisible et du hasard qui ne s’improvise pas. Comment retranscrire l’espace illimité de la nature dans les dimensions restreintes de la page blanche ? Quel équilibre trouver entre les pleins et les vides ? Quels contrastes explorer ? Comment faire ressortir l’intensité de la lumière ?

Salomé de Fontainieu s’attaque à la surface de papier debout, de manière à pouvoir en faire le tour. Cette approche du champ pictural détermine un espace afocal, sans limite, où les tâches se lient entre elles, en créant des moments de saturation et de respiration. L’occupation de la surface n’est jamais la même : ici les formes occupent la périphérie, laissant au centre un grand vide central, ailleurs, l’œuvre est structurée en son centre par un enchevêtrement d’éclaboussures de peintures. Les coloris, affranchis du strict rendu réaliste, transmettent un certain sentiment de la nature. Là où le blanc domine, c’est la chaleur qui s’exprime, la lumière qui envahit toute la composition que parsèment quelques taches d’orange vif et de noir. Le jaune vibrant, évoquant l’automne, ressort d’autant plus vivement quand il est associé à quelques touches de noir. Les quelques taches de vert expriment la montée en matière des arbres suivant un mouvement ascendant, tandis que le bleu, posé à travers un geste explosif, rappelle les éclats de ciel que l’on perçoit à travers la densité des feuillages. L’artiste n’use jamais de formules figées, chaque œuvre nous livre une expérience sensorielle différente avec force et sensibilité.